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| "L'éternelle idole", Auguste Rodin |
Après, tu te levas. Tu diffusais encore la chaleur de mon corps, tu étais encore humide de ma propre sueur, les preuves de mon amour étaient encore visibles. L’écume de notre plaisir fluait d’entre tes cuisses. Tu ne t’étais pas remise, tu haletais toujours, tes jambes tremblaient un peu. Puis, fière, arrogante et libre, cambrée, la tête haute, tu te montras à la fenêtre, tes yeux bravant le monde, tes seins défiant les hommes. Je te trouvais sauvage et belle. Tu l’étais.
« C’est la dernière fois que nous nous voyons », me dis-tu sans me regarder. Moi, je te regardais sans rien dire ; je connaissais la chanson, et souriais. « Je ne t’aime pas, tu sais », ajoutas-tu, toujours tournée vers le vieux port. Et je ne sus, encore une fois, si ces mots s’adressaient à moi, ou si tu les prononçais pour toi-même.
Ensuite, tu te détachas de la lumière pour revenir vers moi, mais pas contre moi. Tu pris mon verre posé sur la commode, le portas à tes lèvres, tu t’allumas une cigarette et retournas le disque. Enfin, seulement, tu me regardas. Tu ne semblais pas me reconnaître. Tu m’envisageais comme un inconnu. Je ne saurai jamais ce qui te passe en tête, et c’est bien ; je ne possèderai jamais que ton corps, et cela me convient.
Tu sais ce que j’aime. Tu sais comment libérer le barbare enchainé dans mes tripes. Tu maitrises le fauve, et en tires fierté ; ainsi, tu te dressas devant moi, les mains sur tes hanches pleines, et me toisas. « Encore », me dis-tu. Alors, je me levai à mon tour, et agrippai ton cul de mes deux mains avides. Nos bouches se rencontrèrent. Mon désir gonfla, circulant dans ma hampe, palpitant, impatient, contre ton ventre blême. Tu me saisis, et t’agenouillas. Décidément, tu sais ce que j’aime. Et le jardin d’Allah ne connaît pas de plus grands délices que tes lèvres autour de moi.
Prêt à éclater comme un fruit trop mûr, j’empoignai tes cheveux et te relevai de force, te forçant à stopper ta course langoureuse. Je glissai ma main entre tes cuisses drues, et sentis ton envie couler entre mes doigts. Tes yeux me criaient Viens. Le moment était là. Tu souriais, triomphante, et sans cérémonie tu me guidas vers les draps, me tenant par le membre. Et c’est avec un scandaleux naturel que tu te penchas sur le lit, pris appui sur les bras, les jambes écartées, creusant lentement les reins, m’offrant ainsi ta croupe. Alors, sans aucune manière, tel un taureau furieux excité par le rouge, je te vandalisai, te pillai, t’envahis, prenant tout ce qui pouvait être pris, mettant la main sur tes richesses, occupant tes prairies, campant dans tes vallons. L’objet de ton régal, tendu, veiné, bandé, comme un bélier de marbre défonçait ta maison, mon armée prolifique cognant contre tes monts. Et tandis que je te besognais, les fibres de mon être contractées à l’extrême, jamais tu n’abdiquas sous mes coups de boutoir. Soudain, furtivement entre deux va-et-vient, j’aperçus ton visage reflété dans la glace. Je vis ton air de gloire, ton sourire extatique. Et je compris alors que malgré mes attaques et malgré tes répliques, malgré tes airs de proie subissant mes ardeurs et souffrant mes assauts, ce n’était pas moi qui te possédais, mais toi qui me conquérais.
Je redoublai d’effort. La rage s’empara de nous. Et c’est ensemble que nous libérâmes la bête, nos cœurs battant à rompre, nous vînmes de concert et tu crias victoire.
Ha, chère Lenie, s’il suffisait, pour que tout soit, de dire Je veux ; si, au lieu de dire Je veux, nous pouvions dire Je peux ; si nos corps amoureux suivaient le même chemin que nos cœurs insatiables ; si l’orchestre de nos passions dirigeait le Maestro, Maître de nos destins, pour une fois marionnette entre nos doigts liés ; enfin, si la volonté suffisait à elle seule à faire de nous des dieux, je n’en finirais pas de t’aimer mon amour, je t’aimerais toujours, sans arrêt, sans relâche, pour encore et encore, et encore, et encore, et encore, et encore, mourir sur ta peau.

Très érotique. même pornographique.
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